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Synesthésies mars 2019







Je ne sais plus quelles sont les couleurs que je donnais aux voyelles alors. Pas tout à fait celles que leur donne Arthur Rimbaud. Le I devait être noir et le A devait être jaune. Le O était sans doute déjà bleu et le U déjà vert. Logiquement le E devait me sembler rouge. Tout cela me revient à présent que je prends le temps de me poser la question.
 
J’étais assis dans le rang central de ma classe de CP, à l’école primaire Pierre et Marie Curie de la Celle-Saint-Cloud. J’avais déjà abordé les lettres et les chiffres à l’école maternelle, mais je n’en gardais pas un grand souvenir. Je n’avais pas précocement appris à lire. J’étais un enfant de la télé, des livres d’images et des figurines de héros en plastique. J’aimais passer du temps seul dans ma chambre, à m’inventer des histoires et à dessiner. L’école avait été et redeviendrait une expérience tragique, mais en CP, ça allait. L’institutrice était gentille.
 
À cette époque, mes parents tenaient un tabac-presse-librairie-papeterie dans le quartier de la Châtaigneraie, nous logions juste au dessus dans un appartement quatre pièces. Le mercredi et pendant les vacances scolaires, après avoir passé la matinée à me chamailler à l’étage avec ma grande sœur, je descendais dans la boutique et m’installais à une table dans le fond avec du papier, des crayons et des feutres. J’y passais des heures à pincer les lèvres en griffonnant et en lâchant des pets qui ravissaient la vendeuse qui me surveillait. Un garçon si sage et brillant. Souvent j’allais fureter dans les magazines ; j’en dérobais quelques uns, surtout ceux consacrés au cinéma d’horreur et à ses monstres répugnants. Je m’entraînais plus tard à me moquer d’eux en regardant leurs tronches effrayantes dans l’intimité de ma chambre. Mais cette stratégie ne m’aida pas à me libérer des cauchemars atroces que je faisais la nuit. Ils nourrissaient plutôt un imaginaire déjà trop grand pour une sensibilité d’enfant...
 
On m’avait appris que dans la vie, on ne peut pas tout obtenir. Il fallait partager avec ma grande sœur ; je n’aurais pas l’appétit de manger à la fois un chausson aux pommes et un pain aux raisins ; on ne m’achèterait qu’un seul jouet parmi tous ceux du magasin. Aussi avais-je fait ce compromis avec mes désirs : l’impératif d’avoir un choix. Si je ne pouvais pas tout avoir, il me paraissait juste d’avoir au moins le droit de choisir ce que j’aurais. Ainsi, lorsque l’institutrice commença à écrire les lettres et les chiffres au tableau, mon élan naturel fut de choisir mes graphèmes préférés. J’allais procéder de la même manière que pour les personnages de dessins-animés, selon leur forme, leur couleur et ce qu’ils m’inspiraient… Mes voyelles favorites furent le A et le O, comme dans Jordane. Enfin, comme dans Jordan plus précisément.
 
En effet, au départ, mes parents avaient décidé de m’appeler Jordan. Mais l’obstétricien qui devait écrire mon prénom sur mon bracelet de nouveau-né leur objecta que s’ils voulaient le prononcer Jordane, il fallait l’orthographier avec un E. Ils s’y soumirent sans résistance et me déclarèrent ainsi en mairie. Toutefois, lorsque j’entrai à l’école, c’est bien sans E — et sans eux — qu’on me fit apprendre et épeler mon prénom. Je découvris plus tard que le E final avait été effacé au typex sur ma carte d’identité ; la falsification n’apparaissait pas sur les photocopies à fournir pour les démarches administratives et je devins donc officiellement Jordan pendant plus de vingt ans. C’est en faisant refaire ma carte d’identité, après avoir déménagé en Alsace, qu’à la faveur du certificat de naissance fourni par la mairie de Saint-Maur-des-Fossés je récupérai ce E. Une revenente, en quelque sorte, que je me souviens avoir déjà quelques fois rencontrée dans mon enfance. Chaque fois, j’en étais offusqué ; j’étais persuadé d’être Jordan et non Jordane. De plus, j’avais appris à l’école qu’on ajoutait un E aux noms pour les féminiser, et je n’avais aucune envie d’être considéré comme une fille — j’attendrais pour cela d’avoir onze ans et de porter des cheveux un peu trop longs. Dans mon esprit, le féminin revenait de toute façon à ma grande sœur — et c’était d’ailleurs selon que les choses soient pour les filles ou les garçons que la plupart du temps nous nous les partagions.
 
Le rose était la couleur des filles, interdite aux garçons. Mais je réalisai vite qu’il n’y avait aucune couleur des garçons, pas même le bleu, qui fût en revanche interdite aux filles. De la même façon, si les robes et les jupes leur étaient réservées, elles pouvaient tout à fait mettre aussi des shorts et des pantalons. Cendrillon et Blanche-Neige étaient leurs contes, mais elles pouvaient sans honte regarder Merlin l’enchanteur et Le Livre de la Jungle. Je me sentais donc souvent perdant dans nos partages fraternels, d’autant plus qu’étant de quatre ans mon aînée, ma sœur avait su maîtriser certains stratagèmes qu’il me restait à apprendre. Selon les circonstances et selon ses intérêts ponctuels, elle savait adapter ses arguments et changer de préférences. Elle savait se moquer de la couleur des objets quand l’enjeu se situait ailleurs : solidité, qualité, marque... Je trouvais alors qu’elle trichait, qu’elle ne respectait pas les règles du jeu, tandis que moi je tâchais rigoureusement de me forger un avis durable auquel je puisse chaque fois me référencer.
 
Pour les couleurs, je procédai ainsi. J’aimais le jaune — quoiqu’il me fît penser au pipi — mais c’était hélas une couleur trop féminine. Dans Bioman, les héroïnes n’étaient-elles pas en rose et en jaune ? C’était un signe. Je devais donc laisser ces couleurs à ma grande sœur et me rabattre sur les héros rouge, vert et bleu. Mais je trouvais le rouge et les camarades qui disaient aimer cette couleur trop autoritaires — et parfois violents. C’est d’ailleurs pourquoi je n’aimais pas que le bioman rouge soit le chef de la bande... Le vert était quant à lui la couleur préférée de ma sœur, or je voulais à tout prix m’en différencier. Restait donc le bleu. Ce qui était bleu me revenait.
 
Je ne comprendrais que plus tard que les couleurs sont pleines de nuances et qu’on peut toutes les aimer selon la hauteur où on les prend dans la gamme allant du sombre au clair, la quantité qu’on utilise, et l’endroit où on les place. Mais pour l’heure, j’en restais à cette première appréhension personnelle et raisonnée des couleurs ; elle fut mon guide pour choisir ce qui me “revenait”, y compris parmi les chiffres et les lettres.
 
C’était cependant un peu compliqué avec les lettres car celles-ci formaient rapidement des mots, changeaient de couleur, prenaient celles de l’objet qu’elles désignaient. Un arbre était forcément brun et vert — adieu jaune du A et rouge du E ! Un éléphant était toujours gris et un dauphin bleu !
 
Pour les chiffres, c’était beaucoup plus net. C’est toujours plus net avec les chiffres.
 
Le 1 était et reste bleu foncé ou noir, le 2 est rouge, le 3 est d’abord jaune puis vire brun clair, ocre, orangé et enfin gris. Le 4 est vert, le 5 est bleu. Le 6 est jaune, le 7 est violet, le 8 est rose ou plutôt rouge grenat — mais toujours un dérivé féminisé du 2 rouge. Le 9 est jaune comme le 6 — c’est un 6 inversé et un multiple de 3. Le 0 est blanc.
 
Dans la composition des nombres, le mélange n’est pas toujours équilibré, le chiffre de dizaine comme celui des unités pouvant chacun leur tour dominer. Si le 10 est bien noir et blanc, et le 11 tout à fait noir, le 14 est complètement vert et le 17 bleu marine. Mais dans l’ensemble, cela reste cohérent. 21 noir, 22 orange, 23 gris-jaune, 24 vert, 25 bleu franc, 26 jaune, 27 violet, 28 framboise, 29 gris-jaune, 30 gris, 31 gris-noir, 32 gris-rouge, 33, grigri… et ainsi de suite. Si j’étais devenu un mathématicien, cela aurait pu m’être utile, ne serait-ce que de manière mnémotechnique… Mais j’avais un autre projet.
 
Lorsque j’étais enfant, je pensais que les couleurs étaient une invention récente. Tous les vieux films à la télévision n’étaient-ils pas en noir et blanc ? Aussi étais-je persuadé qu’il était possible d’inventer de nouvelles couleurs et je passais des heures à me creuser la tête dans ma chambre à essayer de visualiser mentalement ce que cela pourrait donner. En vain. Aussi demandai-je à mère comment on avait inventé les couleurs. Ou plutôt je lui demandai lesquelles n’existaient pas encore lorsqu’elle était enfant. Elle me répondit : les couleurs fluorescentes. Ça ne me satisfaisait pas vraiment. On n’invente pas une nouvelle couleur juste en rendant une ancienne couleur plus ou moins brillante. Mon intuition était tenue en échec. C’était très frustrant.
 
Il y a quelques années, j’ai découvert une théorie controversée selon laquelle l’humanité n’aurait perçu la couleur bleue que tardivement, suite à une évolution biologique — ou spirituelle, selon les sources. Cette théorie s’appuie sur le fait qu’il n’existe aucun mot antique pour désigner le bleu. Chez Homère, la mer est verte ou grise. Jamais bleue. Je crois qu’il existe un terme grec spécifique qui selon le contexte signifie vert, ocre ou gris… Peut-être s’agit-il du mot grec glaucos (γλαυκός) qui peut désigner la couleur des yeux, des arbres, du miel... On pourrait ajouter que dans les peintures antiques et médiévales, les ciels sont généralement blancs, roses ou gris. Mais je ne peux souscrire à cette théorie. On sait, grâce à l’histoire des pigments, que la difficulté de fixer le bleu et le coût de l’indigo étaient tels qu’on en réservait l’usage aux sujets qui l’exigeaient impérativement, notamment le manteau bleu de la Sainte Vierge. Il y a par ailleurs nombre de choses que l’on peut percevoir mais dont on ne prend pas conscience, simplement parce qu’on n’a pas les mots pour en parler. Je pense que le bleu a toujours été perçu mais que le concept du bleu n’est apparu que plus tard. D’ailleurs l’étude des langues primitives a démontré que beaucoup s’en tiennent simplement au blanc, au rouge et au noir.
 
Sur le plan biologique, il existe des animaux qui voient moins de couleurs que nous, d’autres qui en voient davantage. Questions d’anatomie de l’œil, de bâtonnets et de cônes... Il existe même des variations d’un humain à l’autre... Sur le plan physique, il existe aussi des couleurs au-delà du spectre restreint que l’on peut humainement percevoir. Par exemple, les infrarouges et les ultraviolets. Or je ne peux pas concevoir que ceux-ci soient véritablement rouges et violets. La longueur du spectre des infrarouges est par exemple au moins douze fois plus grande que celle du spectre visible, cela laisse un nombre d’écarts considérables promettant des variétés de teintes inimaginables… Je parle de ça en parfait profane et peut-être que je dis des énormités d’un point de vue scientifique. Mais j’ai une bonne raison de me permettre cette audace.
 
Il y a un ou deux ans, j’ai vu apparaître dans un rêve des couleurs nouvelles. Je reste hélas incapable de me les représenter désormais à l’état de veille. Elles irisaient les cadrans imbriqués d’une gigantesque horloge sphérique faite de cercles concentriques entremêlés. Des créatures angéliques volaient autour et en son centre, elles portaient des toges blanches et dressaient des épées rutilantes. L’espace se déployait en quatre ou cinq dimensions. C’était un rêve que je peux qualifier de mystique, un rêve empreint d’une forte charge symbolique.
 
Le symbolisme tient d’une logique analogue à la synesthésie. Il s’agit d’associer des concepts et des représentations afin de nous rendre accessibles des idées ou des forces qui sont au-delà de nos capacités perceptives et intellectuelles. Il est évident que Dieu n’est pas un vieil homme barbu et que le A n’est pas d’une couleur spécifique, c’est cependant ainsi qu’ils sont le plus appréhendables par nous, compte-tenu de nos limites. Nous devrions nous méfier de la tyrannie d’un rationalisme qui voudrait s’imposer hors du champ de son application légitime. Nous sommes des êtres sensibles et imaginatifs, le sens émerge aussi par ces voies-là. S’il existe des êtres supérieurs, ils ne peuvent s’adresser à nous qu’à la manière dont nous le faisons avec les animaux — la subtilité et la profondeur de leur langage et de ce qu’ils perçoivent nous dépassant complètement. Or nul ne saurait vouloir raisonner avec un chien ou un chat. Nous pouvons aimer un animal, vouloir son bien, vouloir nouer une relation avec lui, mais on ne peut pas le faire de manière “humaine”. Il faut trouver des manières adaptées de communiquer avec lui — quitte à “déformer” un peu le sens de ce qu’on voudrait vraiment lui dire et qu’il n’est pas en mesure de comprendre. Il faut créer un langage construit autour de mots simples, d’objets et de gestes : autrement dit des symboles que l’animal puisse reconnaître. Le symbolisme est une vulgarisation des idées supérieures qui préserve cependant l’imaginaire des sujets. Et si la raison structure, l’imaginaire nourrit.
 
L’une des raisons qui m’a tant fait détester l’école, c’est sans doute qu’elle n’y laissait pas la place pour mes A jaunes et mes 1 noirs. Il était question de me faire apprendre de manière raisonnée et de laisser mon imaginaire et mes intuitions de côté. Je comprends bien qu’il est difficile de prendre en compte ce genre de chose dans le cadre d’institutions scolaires, d’autant plus que chaque enfant présente des spécificités bien à lui et une propension aux caprices qui peut dériver en marchandages chaotiques. Néanmoins la mission structurante de l’école s’accomplit tout de même au sacrifice de l’imaginaire — qu’elle dénigre même au sein des matières où il aurait toute sa place : musique, arts plastiques, géométrie...
 
Dans le courant de mon année de CP, mon institutrice pris rendez-vous avec mes parents car elle s’étonnait que j’aie de si bons résultats en maths et d’aussi mauvais en français. Elle soupçonnait que j’étais dyslexique. Mon père et ma mère avaient beau tenir une librairie, l’essentiel du chiffre d’affaire se faisait sur le tabac, la presse et la papeterie. Dans la famille, c’était donc surtout une question de comptes. C’est sans doute pourquoi les choses étaient tellement plus nettes avec les chiffres...
 
Mes séances d’orthophonie révélèrent que je n’avais aucune problématique liée à la lecture : la linéarité m’ennuyait juste, alors j’allais trop vite, ou trop lentement, je sautais des lignes, inversais les syllabes, échangeais des lettres… Les exercices de mathématiques étaient plus variés et souvent présentés dans des cahiers pédagogiques colorés à remplir. Ils ne m’ennuyaient pas. On passait des chiffres aux formes géométriques, on résolvait des problèmes avec des gâteaux, des billes, des cerises…
 
À mon arrivée au collège, je décidai cependant d’inverser la vapeur. Les mathématiques étaient devenues totalement arbitraires : on attendait de moi une réponse unique issue d’un raisonnement prévu d’avance et démontré d’une manière générique, de plus les livres étaient devenus terriblement moches et les sujets d’exercice absolument ennuyeux. La langue, en revanche, promettait de la liberté. Par elle, je pourrais mieux m’exprimer. Et si dans un texte il était question d’un arbre, d’un dauphin ou d’un éléphant, je pouvais moi-même en choisir la forme, le rendre à mon goût et m’amuser avec lui.
 
C’est à cette même période que je me mis plus sérieusement à la musique. Je n’entendais pas forcément une couleur des notes ni une couleur des instruments — autre que la couleur habituelle des dits instruments évidemment. En revanche, chaque morceau, chaque chanson avait ses couleurs propres. Couleurs chaudes, couleurs froides, sombres, claires… Peut-être était-ce un peu conditionné par la pochette des albums. Peut-être que toutes les synesthésies sont d’ailleurs moins le fruit d’une sensibilité intime que la marque d’un tout premier souvenir ; peut-être que je vois le A jaune et le U vert parce que c’est ainsi qu’ils étaient colorés la première fois qu’on me fit y prêter attention — imprimées dans un livre ou sous la forme de lettres magnétiques… J’avance toutefois que si les chansons de l’album blanc des Beatles m’apparaissent résolument blanches, celles des derniers disques de David Bowie malgré leurs pochettes monochromes sont à mes oreilles teintées de vert et d’or, de pourpre et d’orange. L’hypothèse du conditionnement préalable n’est donc pas suffisante.
 
La synesthésie reste somme toute un phénomène assez courant. Je ne suis pas sûr qu’on puisse en parler comme d’un talent, je pense en tout cas qu’il n’y a pas lieu de s’en énorgueillir. Car la synesthésie n’ouvre pas l’accès à des connexions symboliques universelles. Bien au contraire, j’ai constaté des variations très grandes entre les associations que font les différents synesthètes. Il n’y a pas de consensus symbolique net. On pourrait en débattre des heures entre nous, assez stérilement. Tout peut être associé à des couleurs : émotions, expressions, affinités, idéologies… C’est toutefois un langage changeant, selon les propres couleurs que chacun porte et selon chaque instant. Et pourtant, chacun semble prendre un plaisir très grand à énoncer les associations qu’il fait personnellement. Sans doute parce que c’est là une manière détournée et subtile d’exprimer ses goûts et sa personnalité.
 
Pour apprendre qui ils sont réellement, les jeunes gens aiment prétendre qu’ils sont quelqu’un d’autre. Lorsqu’à vingt-deux ans, je décidai de choisir un pseudonyme pour présenter mes divers travaux artistiques, je choisis celui de Simon Gris, un joli nom bleu nuit qui portait en lui l’élégance gris-vert d’une peau de rhinocéros. C’était un nom à la fois conçu comme une carapace et malléable comme de l’argile. C’était une entité discrète et nocturne sous le masque de laquelle je me présentais pour débuter le plus librement possible mes relations avec un public. Mais je savais qu’il me faudrait m’en défaire, le moment venu. J’avais trop peur des mensonges — et avant tout, de ceux que je me racontais. Un peu avant d’avoir trente ans, je commençai à signer mes œuvres de mon vrai nom. Jordane Prestrot est un nom à dominante vert-clair tirant plus vers le jaune que le bleu, quoique celui-ci apparaisse dans le prénom. Ce sont mes vraies couleurs. Des couleurs plutôt lumineuses, malgré un J majuscule initial extrêmement noir. Prestrot, pris isolément, est un nom gris, rouge et noir. Prestrot est le nom désuet jadis donné à l’oiseau rougequeue-noir également appelé rossignol de murailles. Le rouge disparaît complètement associé au prénom Jordane.
 
En Asie, on s’inspire des caractères chinois afin de trouver le sens des noms. J’ai rencontré à Séoul un garçon qui aimait s’adonner à ce genre de traductions. Simon Gris, décortiqué en quatre caractères chinois (que je ne m’aventurerais pas à vouloir reproduire même phonétiquement), signifiait : temps, rêve, le chiffre neuf et village. Temps du rêve pour neuf villages. Jordane signifiait quant à lui : “Premier matin”. En parfaite analogie avec l’explication synesthétique que j’en ai donnée, je suis donc passé du rêve au matin. Matin de quoi ? Je ne le sais pas. Trouver le sens du nom Prestrot demandait beaucoup de travail à mon ami coréen. Cela faisait pas moins de cinq caractères chinois et l’on devait être en train de descendre notre sixième pinte... Nous partîmes plutôt nous époumoner dans un karaoké. Et ceci est une toute autre histoire.